Recherche

Mini Charlotte

Auteur

minicharlotte

Jusqu’au bout

Dix jours que j’ai posé pied à terre. Le bateau est rangé, démâté. Demain, je vais enlever la quille. Dans trois jours, il sera chargé sur un cargo, direction la métropole. Je commence à réaliser ce que je viens d’accomplir. Je suis arrivée arrivée en Martinique après 17 jours de mer. J’ai réalisé mon rêve, j’ai traversé l’Atlantique en solitaire, j’ai fait la Mini Transat, jusqu’au bout malgré tous les soucis que j’ai eu en mer.

A vrai dire, depuis deux ans, depuis que j’ai mis le nez dans cette aventure, j’avais tendance à tout banaliser. Plus rien ne me paraissait extraordinaire puisque c’était devenu mon ordinaire à moi. A quelques jours de mon retour à Paris, je prends pleinement conscience de la chance que j’ai eu de pouvoir réaliser cette aventure complètement folle et hors-norme. Cela n’a pas été facile tous les jours et j’ai souvent voulu baisser les bras, particulièrement à terre. Mais l’appel du large, l’appel sauvage a toujours été plus fort que toutes les galères que j’ai pu rencontrer.

En mer, seule face à l’immensité de l’océan, je devais avancer coûte que coûte. J’aurai pu abandonner mille fois, j’ai cassé à 3 reprises mon bout-dehors, perdu mon spi médium dans une manoeuvre de haut-vol au Cap Vert, déchiré mon grand spi sur toute la hauteur. Puis le pire est arrivé, mon vérin de pilote automatique est tombé en panne, puis celui du pilote de secours. Je n’ai pas pu lâcher la barre pendant les 8 derniers jours. J’ai peu dormi, je vivais dehors, accrochée à ma barre. Je me suis effondrée une fois, lors de la première casse du bout-dehors le long des côtes mauritaniennes. J’étais 2ème au petit matin du 3ème jour de course, j’avais envie d’en découdre avec mes concurrents. Puis j’ai compris que je n’avais plus qu’à donner le meilleur de moi-même, avec ce que j’avais entre les mains. Un bateau qui ne pouvait plus aller à 100% de son potentiel, et une Charlotte de plus en plus fatiguée, affaiblie à cause du manque de sommeil. Pourtant, je vous assure que j’étais heureuse. Je n’attendais plus rien de cette transat, j’ai rangé mon orgueil de compétitrice, et j’ai accepté que chaque jour j’allais perdre sur mes adversaires. Je n’avais que l’espérance d’arriver, d’aller au bout de ce projet magique.

Je suis arrivée sur la Martinique de nuit, fatiguée, retenant mes paupières lourdes pour gérer l’approche des côtes. Malgré l’excitation, je n’arrêtais pas de m’endormir à la barre. Je me suis trop approchée de la côté, emportée par le courant d’une baie à 4 milles de la ligne je suis allée toucher des récifs de coraux. La nuit était noire et j’étais ailleurs. Je n’arrivais pas retrouver de l’eau claire, les vagues me poussaient dans la baie. J’ai réussi à maintenir le bateau gité pour que qu’il ne touche pas trop les hauts fonds. Un hélicoptère du Cross est arrivé au petit matin pour me guider entre les récifs. Ce sont finalement deux pécheurs inconnus qui m’ont tirée d’affaire, j’avais réussi à trouver une passe mais n’ayant plus de safran sous le vent, je n’avais pas d’appui suffisant pour lofer et partir au près face aux vagues et au vent.

J’ai renvoyé la grand voile et j’ai pu passer la ligne d’arrivée et retrouver après 17 jours de mer ma famille et mes amis venus m’accueillir. L’instant de l’arrivée, les premières accolades, quelle intensité, quel bonheur ! J’ai encore aujourd’hui du mal à trouver les mots pour vous décrire ces moments uniques… Retrouver un contact humain après tant de solitude en mer est indescriptible. Arriver après autant de galères, couper la ligne coûte que coûte était pour moi une immense joie. Oui j’aurai pu aller chercher un top 5, mais les choses se sont passées autrement et je n’en garde aucune amertume. Cette transat était finalement une vraie aventure avec son lot de difficultés mais aussi de joies et d’espoirs.

Un immense merci à mon cousin Guy qui a su vous tenir en haleine pendant ma traversée !

Merci à mes parents pour leur patience et pour leurs soutiens ces dernières années. Merci à ma famille d’avoir fait le déplacement pour venir m’accueillir.

Big Up à mon ami Hubert Poirot-Bourdain pour l’illustration de ma grand voile et pour son accueil !

Merci aux Femmes de Bretagne pour leur énergie communicative !

Merci à mes sponsors et partenaires d’avoir cru en cette aventure : Optigestion, Opcalia, Columbus Café & Co, Costa Sunglasses, Mathieu Challières.

Enfin merci à vous tous d’avoir embarqué, merci pour vos mots encourageants !

Je vous raconte quelques passages et sensations de la traversée très vite.

Charlotte

Crédit Photo : Christophe Breschi

De la lumière

Encore 30 milles à parcourir, la nuit est tombée. Au loin j’aperçois des lumières oranges, jaunes et blanches, des points rouges aussi. Les contours de l’île de Gran Canaria se dessinent peu à peu grâce à ces scintillements nocturnes. Je devine les routes à travers les feux des voitures, le port et ses plateformes pétrolières en escale technique derrière les digues. Mille feux me rappellent à la vie terrestre. C’est la première côte que j’aperçois depuis le Cap Finistère. A part les rares bateaux de pêche et de commerce croisés en mer, ce sont les premières lumières humaines que je dévisage au loin. Elles sont comme un feu d’artifice, elles bougent, clignotent, changent d’intensité. Elles sont à l’opposé des astres, immuables dans le temps. Chaque soir pendant cette traversée j’attendais la lune qui se levait aux alentours de minuit. Des 19 heures, le soleil sombrait dans la mer et laissait alors mille et mille étoiles apparaître sur le voile noir de l’univers. Puis c’était la danse de la lune, elle se levait en fête, voilée de son habit de velours aux teintes orangées. Cette lune était bien plus espérée que le soleil du matin. Elle arrivait soudainement, sans prévenir. Elle était une tendre surprise qui venait réchauffer ma nuit noire de solitude. Comme un baiser dans le cou que l’on attend pas. Le soleil du matin quant à lui s’annonçait. Le ciel me prévenait, changeait de teinte. Déjà la lumière avait transpercé les nuages quand le soleil pointait son nez.

Le premier jour du reste de ma vie

La pluie est tombée toute la nuit. Au réveil, les gouttes frappent encore la fenêtre du petit hôtel situé à quelques pas du port de La Rochelle. J’avais décidé de passer ma dernière nuit à terre loin de ma famille et de mes amis, venus nombreux assister au départ de la Mini Transat. Seul Quentin m’accompagne pour ces dernières heures. Le réveil a sonné. J’ai bien dormi après une soirée studieuse à préparer les derniers documents stratégiques avec les fraiches informations météorologiques. Ce matin d’octobre, l’appétit n’est pas au rendez-vous, l’estomac noué par ce grand départ, tant attendu, tant rêvé. Il est 10h30, j’arrive sur les pontons sous un crachin humide. Mes parents sont sur le qui-vive, en proie à une attaque émotionnelle que tous nous essayons de repousser. L’attente est longue, il est prévu que je quitte le port à 13h20, suivant un ordre bien défini pour la sortie des bateaux. Les larmes me poussent parfois aux yeux. Je tente de les contenir jusqu’au dernier moment, celui des accolades et des adieux. Il est temps de retourner à bord. Le semi-rigide qui va me remorquer est à poste. Je me faufile sur l’étroit ponton bondé de supporters connus et inconnus. Tout va très vite, je tente de rassurer ma maman, une dernière fois. Puis ça y est, je suis partie. J’entends des cris partout, mon prénom est hurlé par ma famille, par mes proches. J’aperçois des têtes familières sur le quai, puis au passage de l’écluse. Mes amis courent le long du quai en clamant « Charlotte! » à tue-tête. L’émotion est indescriptible. Des centaines de personnes applaudissent, m’encouragent. Mon cœur explose, la joie prend l’ascendant sur le stress. Je suis heureuse, je ne réalise pas complètement que je prends le départ. Au bout du chenal, le semi-rigide me largue. Le départ est donné, la visibilité est mauvaise.  Au loin j’entends mes proches héler mon prénom depuis une vedette chargée de spectateurs. Un dernier au revoir, un baiser s’envole vers eux. Enfin, je suis seule, parée pour affronter l’océan Atlantique.

 Crédit Photo : Olivier Blanchet

Le parcours de la Mini Transat 2017

Une deuxième place sur le prologue de la Mini Transat !

Guy, cousin de Charlotte et passionné par la course au large, devient dès aujourd’hui le commentateur officiel de la Mini Transat de Charlotte, voici son récit du prologue du dimanche 24 septembre !

Comme les marins sont un peu superstitieux et qu’il est bien connu que qui gagne le prologue ne gagne jamais (ou presque) la course qui suit… Charlotte a poliment laissé la première place pour se contenter de la médaille d’argent !
Le favori est parti sous le vent (côté bouée, sur la gauche) alors que les 80 autres bateaux jouaient placés sur la droite du départ (bateau comité) et question départ les années de préparations olympique de Charlotte et de Julien Pulvé son équipier leur auront sûrement permis de bien jouer tactiquement.
En effet à droite on a la priorité, donc on choisit quand virer et on contrôle ainsi ses adversaires…
Hors il se trouve que le vent a justement tourné à droite, réduisant ainsi la route vers la bouée de dégagement pour ceux qui étaient du bon côté lors de la bascule de vent!…
Charlotte, tu l’as lu dans les nuage en suivant les instructions du spécialiste Jean Yves Bernot ou tu l’avais préparé en amont ?
Et là on hisse le superbe spi et on glisse à la file indienne, et ça la vitesse sous spi, que l’on retrouvera sur les alizés, c’est le terrain de jeu préféré des minis et du nº802 de Charlotte !
Résultat des courses un magnifique podium en guise de mise en bouche!
Bravo Charlotte t’es déjà dans le rythme, dans ta course, il ne reste plus qu’à rentrer dans la configuration gestion de sommeil fractionné en petites siestes et les repas à préparer et avaler à quatre-pattes pour ne pas en perdre une miette et s’adapter aux sautes d’humeur des vagues et autres risées qui permettrons d’aller chercher les grands surfs sur l’Atlantique!
Le bateau Optigestion et Charlotte sont au point, reste un peu de «fine tunning» pour occuper l’esprit et peaufiner les options météo.
Vivement que les chevaux soient vraiment lâchés !
La suite dans le prochain épisode dès le WE prochain !
GUY

La Rochelle est en fête !

Cela fait dix jours que je suis arrivée à La Rochelle pour le départ de la Mini Transat. J’ai du mal à réaliser ce qui est en train d’arriver. Je vais prendre le départ de cette course mythique qui fête ses 40 ans cette année. J’en ai rêvé pendant de nombreuses années, je lisais les récits des ministes avec envie et aujourd’hui j’en suis ! Je fais partie des 81 skippers qui s’élanceront dans 5 jours sur l’océan Atlantique. Et c’est là une grande fête et une grande victoire ! Toutes les voyants sont au vert, plus rien ne peut m’arrêter pour prendre ce départ. Arriver de l’autre côté sera une autre aventure… ;-)

Affaire à suivre !

 

 

Mens sana in corpore sano

J-19 !

Dans les coulisses de la Mini Transat La Boulangère, je prépare les sachets alimentaires journaliers !

Au menu : deux plats made in BHZ ultra caloriques à réchauffer au bain-marie, une compote, une crème Mont Blanc, des petits biscuits, des graines et fruits à coques en tout genre et cerise sur le gâteau : un bon paté Hénaff (alterné par du foie de morue 😋) !

Parfois en mer il est difficile de manger. La tête est ailleurs, et souvent quand j’ai 20 minutes devant moi je préfère aller faire une sieste. Ces petits sachets quotidiens m’aident à mieux manger. Je n’ai pas à réfléchir, pas à choisir. Je pioche dans le sac avec l’objectif de tout faire disparaître pour garder une bonne forme physique !

Des petits conseils nutritionnels afin d’être au top pour ma longue traversée de l’Atlantique ?

M-1 !! 🏁⛵️

Grand départ pour la Mini Transat La Boulangère dans un mois tout pile !

Aujourd’hui, je voulais faire un spécial big-up à ma grand-mère qui du haut des ses 91 ans a bravé la pluie pour venir voir mon bateau depuis la Mayenne.

A vrai dire, elle ne comprend pas grand chose au bateau, à la voile, à la mer. Et pourtant elle est là. Un peu comme vous peut-être. Je ne sais pas très bien si vous comprenez tout ce que je fais. Et après tout, je m’en fous.

L’essentiel dans cette aventure, ça a été de la partager avec ma famille, avec mes amis, avec Quentin mon fiancé, avec mes partenaires, avec les Femmes de Bretagne, avec vous tous, inconnus et moins inconnus qui me témoignez votre soutien au quotidien !

Soyez à fond pour les 30 derniers jours avant le départ ! J’ai besoin de vous ;-)

Je vous souhaite une belle rentrée pleine de rêves, d’envies et de projets fous !

Charlotte

Dans la famille des métiers, je demande…

Pour faire la Mini Transat, il ne suffit pas de savoir tenir un cap. J’ai appris mille métiers pour préparer cette course ! J’étais déjà touche-à-tout, mais jamais je n’aurai imaginé découvrir autant de métiers.

Tout d’abord, revenons aux origines de la course. La Mini Transat a été créée en 1977 par Bob Salmon, un anglais qui en avait marre de la démesure des courses au large à la voile des années 1970. Démesure des bateaux qui étaient immenses, et démesure des budgets qui laissaient peu de place aux navigateurs sans le sous. C’est alors qu’est née la Mini Transat, la course de la démerde, de la débrouille, de la bidouille. La course sans le sous sur des petits bateaux de 6,50m pour que tout marin en herbe ou confirmé puisse se confronter au large.

Si aujourd’hui quelques skippers « professionnels » ont des budgets leur permettant de déléguer les tâches techniques, la plupart mettent les mains dans le cambouis pour préparer leurs montures.  C’est ainsi qu’en deux ans, je suis ponctuellement devenue stratifieur composite (travail du carbone, matériaux de construction du bateau), peintre, mateloteur (travail sur les cordages du bateau), préparateur (nettoyage et entretien des mécaniques, réparation, entretien du bateau en général), poseur en grand format pour la décoration  du bateau. Je me suis aussi essayée au métier d’électricien, mais rien de très concluant pour l’instant. Je m’y remets fin août sous la houlette d’un super électricien pour apprendre et mieux comprendre mon matériel électrique et électronique.

DHlG3q1XoAApkBc
Réalisation de supports rigides pour mes panneaux solaires, 15h de travail pour fabriquer ces deux pièces en carbone.

Je ne me suis pas improvisée stratifieur ou électricien en un clin d’oeil. J’ai suivi des formations pour comprendre les aspects des différents métiers qui touchent à mon projet, j’ai observé les plus expérimentés, et surtout j’ai demandé des conseils aux vieux sages qui peuplent mon écosystème breton, car ces gars et ces filles ont de l’or dans les doigts. Leur travail d’artisan est incroyable. Au début, leurs devis me paraissaient exorbitants, les délais de réalisation assez lents. Puis en m’y mettant, j’ai réalisé Ô combien le travail manuel était long et fastidieux. J’ai fait de belles choses de mes mains, mais je suis encore loin de la perfection que proposent les artisans. Je leur tire mon chapeau !

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑