Encore 30 milles à parcourir, la nuit est tombée. Au loin j’aperçois des lumières oranges, jaunes et blanches, des points rouges aussi. Les contours de l’île de Gran Canaria se dessinent peu à peu grâce à ces scintillements nocturnes. Je devine les routes à travers les feux des voitures, le port et ses plateformes pétrolières en escale technique derrière les digues. Mille feux me rappellent à la vie terrestre. C’est la première côte que j’aperçois depuis le Cap Finistère. A part les rares bateaux de pêche et de commerce croisés en mer, ce sont les premières lumières humaines que je dévisage au loin. Elles sont comme un feu d’artifice, elles bougent, clignotent, changent d’intensité. Elles sont à l’opposé des astres, immuables dans le temps. Chaque soir pendant cette traversée j’attendais la lune qui se levait aux alentours de minuit. Des 19 heures, le soleil sombrait dans la mer et laissait alors mille et mille étoiles apparaître sur le voile noir de l’univers. Puis c’était la danse de la lune, elle se levait en fête, voilée de son habit de velours aux teintes orangées. Cette lune était bien plus espérée que le soleil du matin. Elle arrivait soudainement, sans prévenir. Elle était une tendre surprise qui venait réchauffer ma nuit noire de solitude. Comme un baiser dans le cou que l’on attend pas. Le soleil du matin quant à lui s’annonçait. Le ciel me prévenait, changeait de teinte. Déjà la lumière avait transpercé les nuages quand le soleil pointait son nez.

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