Vendredi dernier, je passais la ligne d’arrivée de la Mini-en-Mai à 20 heures après 3 jours, 9 heures et 10 minutes de course. Sur les pontons m’attendaient à ma grande surprise une douzaine de personnes, amis et famille, venues de loin pour m’accueillir après cette nouvelle épreuve de préparation de la Mini Transat. J’avais l’impression d’avoir fait le Vendée Globe tant je suis peu habituée au bain de foule à mes arrivées. Pourquoi tant de monde ? 

Quelques jours avant le départ, j’étais fatiguée, le moral dans les chaussettes, stressée par cette grande course technique et intense. Le jour du départ, le vent de terre est soutenu, s’il est stressant, il est aussi revigorant. C’est donc avec l’envie retrouvée d’en découdre que je pars sur l’eau. Le départ au vent arrière est rapide. A 11 heures, les quelque 70 spis se gonflent au son du canon et nous voilà 70 solitaires partis pour un parcours en baie  de Quiberon de 30 milles avant de prendre la route du large pour 500 milles en solitaire, direction la Chaussée de Sein. A peine une heure après le départ, naviguant alors en 9e position (4e prototype), mon foc s’est déchiré dans toute sa largeur, puis sur la hauteur au niveau de la chute. Après un rapide constat, je me suis faite à l’idée que je ne pourrai pas réparer la voile en mer. Les larmes au yeux, le coeur serré, je suis donc repartie vers le port de la Trinité-sur-Mer, pensant que la course était terminée n’ayant pas de foc de rechange. Je n’y croyais plus. Les organisateurs ont appelé pour moi une voilerie qui pouvait essayer de réparer la voile. Une fois arrivée au ponton, aidée d’un inconnu, j’ai enlevé ma voile, puis j’ai filé dans la voiture de ce même inconnu vers la voilerie Technique Voile afin d’avoir leur avis sur la réparation éventuelle. Le premier voilier que je rencontre me dit qu’il en a pour des heures et n’est pas très optimiste. Puis arrive un second voilier qui annonce à son collègue, à deux on peut réparer la voile en 2 heures ! Redescendue sur le port, et après un café en terrasse, toujours en course puisque je n’ai pas abandonnée, je file chercher la voile réparée à la voilerie, et hop me voilà repartie pour la course avec 4 heures de retard sur mes concurrents qui ont déjà terminé le parcours en baie et partent au large. Je reprends la course là où j’avais du la laisser, seule dans un vent forcissant. Il est 20 heures quand enfin je prends le passage de la Teignouse (passage mythique pour sortir de la baie de Quiberon) direction Sein. Les concurrents sont loin devant, j’ai du mal à attaquer, à mettre mettre dans un mode « course ». Puis vers 2 heures du matin, j’aperçois quelques lumières sur l’eau, c’est bon j’ai rattrapé les derniers ! Je dois absolument passer le ras-de-Sein avant 5 heures (passage de la pointe de la Bretagne réputé pour son fort courant et sa mer tumultueuse!) autrement je serai gênée et ralentie par des courants contraires. Enfin, je lâche les chevaux pour atteindre Sein avant la bascule.

Déjà deux, trois, quatre, dix bateaux doublés. Le vent forcit en début de journée, je fais cap au Sud-Est, direction l’estuaire de la Gironde. Un centre dépressionnaire (zone de vent faible et instable) est prévu au milieu de notre route. Deux options sont possibles, plein sud ou plein est. La flotte va ralentir, j’ai l’occasion de rattraper mon retard si je navigue bien. Je décide de maintenir la route à l’Est. L’option s’avère assez neutre mais ayant réussi à garder du vent tout le temps, j’ai pu avancer vite et rattraper la flotte. Arrivée à l’estuaire de la Gironde, je suis avec mes concurrents, bien que les premiers soient loin devant. Il ne m’est plus possible de les rattraper, d’autant plus que la route est directe pour aller de Ré à La Trinité sur Mer, pas d’options stratégiques possibles, il faut seulement aller vite en cette fin de course, alors que la fatigue gagne du terrain et que je ne rêve que d’une seule chose : dormir au sec dans mon bateau. Le vent forcit le long des côtes vendéennes, il vient à 90° du bateau. C’est une allure certes rapide mais exigeante. La mer se forme, difficile de laisser le bateau entre les mains du pilote. Pourtant je n’ai plus le choix, je suis trop fatiguée, je pars dormir car les autres sont trop loin devant pour les rattraper. Puis à 3 heures de l’arrivée, je reprends du service sur le pont et j’attaque pour ne pas me laisser doubler par mes collègues qui me collent au derrière. A 20heures, par une magnifique lumière en baie de Quiberon, j’arrive à La-Trinité-Sur-Mer, fière et heureuse de ne pas avoir abandonné cette course, de l’avoir terminée et mieux encore de la terminer honorablement laissant quasiment 50 bateaux derrière moi.

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Cette course n’est pas un échec, c’est une victoire qui m’a montré le chemin de la ténacité, de la persévérance. J’ai pu me prouver que j’étais capable mentalement de repartir, sachant pourtant que jamais je n’aurai pu rattraper les premiers et jouer un beau résultat. Avec du recul, je me rends compte que cette course est probablement ma plus belle réussite depuis le début du projet, celle d’avoir trouvé le courage et la force pour reprendre la mer alors que rien ni personne ne m’y obligeait si ce n’est peut-être une certaine fidélité envers moi-même, envers mon engagement de participer à la Mini Transat.

Il n’y a qu’une seule façon d’échouer, c’est d’abandonner avant d’avoir réussi »
G. Clémenceau

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