Le 23 avril dernier je prenais le départ de la Sélect 6.50, première course de la saison en solitaire à Pornichet (44). Nous étions 71 coureurs à nous élancer sur un parcours de 300 milles entre Groix et les Sables d’Olonne. Le vent d’est annoncé nous réservait alors des nuits fraiches et des bords rapides mais humides. La course fût intense, j’ai peu dormi car la côte était partout, les adversaires aussi. Au final, après 46 heures de course, je coupe la ligne 7e position du classement proto (10e position du classement général). Un beau résultat qui augure de bonnes choses pour le reste de la saison, tout en étant très consciente de ma marge de progression, en particulier sur la gestion de la navigation la nuit.

Retour cette course intense et magique :

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Parcours de la course au Départ de Pornichet

Après un très mauvais départ suite à un souci technique mineur, je coupe la ligne avec 20 secondes de retard sur les autres concurrents. Mais rapidement, je me retrouve aux avants postes, en pariant sur une option stratégique payante sur la remontée au près. C’est donc dans la tête de flotte que j’envoie mon grand spi dans un vent soutenu, pour une grande descente le long des côtes jusqu’au Croisic. Je remonte les bateaux un à un puis je me retrouve à quelques mètres du premier, puis suite à une bascule de vent inattendue je me retrouve propulsée à la première place pour presque 2 heures de portant, loin devant tous les autres concurrents. En tournant la tête et en voyant tous les spis au loin, je n’étais pas peu fière d’être devant !

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Le vent a ensuite mollit et je me suis faite rattraper par quelques bateaux. Nous nous sommes retrouvés au près pour aller jusqu’aux Birvideaux (marque au Nord de Belle-Île). Le vent d’est a basculé au nord en se rafraichissant, c’était le moment de se mettre en tenue de nuit. Je n’ai pas enfilé de nuisette ou de pyjama mais une combinaison étanche qui permet de rester au sec malgré les paquets de mers qui viennent s’écraser sur le bateau. Le vent est rentré assez fort une fois Belle-Île passée. J’étais contente d’être déjà au sec dans ma combinaison orange, même si le col en latex n’est pas très agréable pour le cou, au moins l’eau ne rentre pas. J’ai ensuite fait tomber mon spi car le vent ne permettait plus de le tenir sur la route vers les Sables d’Olonne. J’ai finalement tenté une autre configuration de voile (code5) mais qui n’a pas tenu. Je me suis donc décidée à ne rien envoyer sachant que le vent allait forcir et refuser. C’est à ce moment là que j’ai perdu des places. Dans la nuit noire je n’ai pas trouvé la force d’attaquer, j’ai encore du mal à trouver mes repères avec les instruments de bord et à me fier aux chiffres seulement. Je contourne la marque des Sables d’Olonne en 15e position dimanche matin, bien décidée à remonter quelques bateaux. Le vent était fort, le bord est allé très vite, j’ai pu en quelques heures rattraper 5 bateaux filant entre 13 et 15 noeuds sous code 5 (petite voile d’avant puissante aux allures de reaching) ! Le bord s’est terminé le long de l’Ile d’Yeu sous un grand soleil et sur une mer d’un bleu profond écumée par le vent. C’était certainement le meilleur bord de la course, le genre bord pour lequel je comprends pourquoi je m’inflige autant de douleurs pour arriver de l’autre côté de l’Atlantique !

Après Yeu,  la remontée jusqu’à Groix fût fastidieuse, le vent est tombé en approche de Belle-Ile puis est resté mou et oscillant jusqu’aux abords de Groix dimanche dans la soirée. Un concurrent avait apporté sa radio longue distance en mer afin d’avoir les résultats du premier tour des élections présidentielles. C’est donc en écoutant une discussion VHF que j’ai eu vent de la nouvelle! J’avais l’impression d’être à mille lieues de ma vie parisienne, de ma vie sur les bancs de Sciences Po. La fatigue a commencé à se faire sentir à nouveau, n’ayant dormi que 2h30 la nuit précédente. Je commençais à me parler à moi-même, à voir un chien sur le bateau, j’ai donc été dormir pour deux petites siestes de 10 minutes avant de passer Groix. Puis le vent est rentré et 3 bateaux sont revenus dans mon tableau arrière. Je contourne Groix avec eux dans une nuit noire et froide. Nous sommes ensuite descendus sur les îles de Houat et Hoedic. Au petit matin, au près en route vers Pornichet, les dauphins sont venus me réveiller ce qui m’a donné une bonne dose de bonheur et d’énergie pour rester à la barre malgré le froid et régater avec les 3 bateaux qui étaient tout proche. Nous avons joué ensemble jusqu’au bout, et moi un peu trop, j’étais tellement prise dans le jeu de la tactique que je suis allée jouer dans les cailloux, fort heureusement une bonne étoile m’a permis de sortir indemne de cette mauvaise passe (la bonne étoile c’était surtout mon adversaire Pierre qui m’a appelée à la VHF pour me dire « Charlotte, tu ne devrais pas rester ici, là où tu es il y a des cailloux… »). J’ai immédiatement viré de bord, voyant les cailloux à fleur d’eau j’ai fait demi-tour. C’est ainsi que deux bateaux sont repassés devant, mais le bateau était sauf alors peu importait !

Je coupe donc la ligne d’arrivée à 11h30, heureuse de cette régate, réalisant combien j’ai progressé en un an, depuis cette même régate en 2016.

Prochaine étape la Mini en Mai, 500 milles en solitaire au départ de la Trinité-sur-Mer, direction Sein puis l’estuaire de la Garonne et retour à La Trinité-sur-Mer. D’ici cette course je vais installer de nouveau panneaux solaires sur le bateau et installer un nouveau système pour régler mon nouveau foc dessiné et fabriqué par la voilerie Technique Voile.

Merci de suivre cette aventure, merci pour vos soutiens !

Charlotte

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