La question m’est souvent posée. En voici la réponse :

Je ne suis ni Bretonne, ni Rochelaise, ni Marseillaise. Je suis originaire de Mayenne, j’ai grandi loin de l’océan. Je n’avais aucune prédestination pour la mer.

Seulement par un hasard de la vie, j’ai découvert le métier d’architecte naval.  Naïvement peut-être, j’ai pensé que ce métier était merveilleux car l’architecte naval dessine des bateaux et navigue (vision idéalisée). Ainsi, pour accomplir ce nouveau rêve, j’ai commencé à naviguer petit à petit vers l’âge de 15 ans. J’ai monté une équipe féminine de voile dans mon lycée en région parisienne. Puis j’ai commencé mes premières régates. A 19 ans, après avoir passé une année à l’école d’architecture de Versailles, j’ai été repérée par Cassandre alors championne de France de 420 (dériveur). Elle m’a proposé de devenir son équipière pour préparer les Jeux Olympiques en 470. J’ai dit oui. Grand chambardement, j’ai changé d’école sans prévenir mes parents, je me suis installée à Nantes. Je naviguais alors 3 jours par semaine à La Rochelle. Propulsée à haut-niveau j’avais tout à apprendre : météo, stratégie, tactique, technique… J’en ai loupé ma seconde année d’architecture, la saison commençant j’étais de plus en plus absente. Championnat du Monde, Championnat d’Europe, World Cup, régates locales, j’étais sur tous les fronts. Je décide tout de même de continuer le sport à haut-niveau.

En parallèle, pour me rassurer et rassurer mes parents j’intègre Sciences Po Paris en sport étude pour l’équivalent d’une licence. 3 jours à Paris, et 4 à Brest, mes semaines sont chargées. Pas de week-end, pas de fiestas, la mer est harassante pourtant elle m’attire inextricablement. Je continue pendant plus de 3 ans et demi à naviguer, naviguer, naviguer. Bien que 2ème françaises, je me rends compte que notre jeune équipage ne pourra pas rivaliser avec l’équipage des filles Senior pour les JO, elles ont déjà fait une super performance aux Jeux de Londres, elles iront à Rio. J’arrête donc le Haut-niveau pour me consacrer à mon master en communication. Seulement la vie à Paris loin de la mer m’est difficile. Difficile de rester sur un banc d’école avec comme seul horizon un plan de carrière dans une agence de communication.

La Mini Transat me faisait rêver depuis mes 17 ans. Bien plus que la voile olympique. Alors je décide de me lancer au défi de la course au large en solitaire. A l’aube de ma vie adulte je ressens le besoin crucial de me dépasser, d’aller me frotter à mes limites. J’ai besoin de m’accomplir, de bâtir mon existence sur un projet fort, audacieux et humain pour pouvoir accueillir demain une famille, des responsabilités professionnelles. Pour vivre ma vie de manière engagée à l’exemple de ce projet extrêmement engageant.

La Mini Transat est une aventure humaine. Sur l’océan, nous sommes sans cesse rappelés à notre petitesse. Nous sommes sans cesse appelés à tendre l’oreille pour écouter le bateau qui évolue dans la houle, à regarder les nuages pour comprendre le vent. Nous apprenons à voir le monde. A vivre avec des ressources finies dans un espace confiné. Chaque centilitre d’eau est compté. Nos déchets sont pensés, stockés, limités. Nous apprenons à respecter l’océan, à rester humble face à la force de la nature et face à la fragilité de la vie.

Cette passion pour la mer est avant tout une passion pour la vie.

« J’aime mieux être un météore superbe plutôt qu’une planète endormie. La fonction de l’homme est de vivre, non d’exister. Je ne gâcherai pas mes jours à tenter de prolonger ma vie. Je veux brûler tout mon temps. » Jack London

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